CHANGEMAKER STORIES – Lénaïg Corson

CHANGEMAKER STORIES - Lénaïg Corson

Lénaïg Corson est une joueuse internationale de rugby à 7 et à XV. Elle joue au Stade Français Paris où elle occupe également le rôle de responsable RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) au sein de son club.

Tu es une athlète engagée sur ces thématiques, comment cela se traduit-il dans tes activités ?

J’ai eu la chance de recevoir une éducation qui m’a fait prendre conscience très jeune des enjeux environnementaux. J’ai grandi en pleine campagne, très proche de l’environnement et du vivant. C’est en partant étudier et vivre à la ville, que je me suis rendue compte que tout le monde n’avait pas forcément eu le même apprentissage du respect des ressources et de ce qui pouvait nous entourer. 

Ce constat m’a fait prendre conscience qu’à travers le sport je pouvais véhiculer des messages impactant. Le point de départ de mon engagement a été le confinement du printemps 2020. Mon père venait de perdre ses 5 ruches, ça m’a profondément touché. Quelques jours plus tard, je partageais une vidéo sur les abeilles menacées par les frelons asiatiques et les pesticides pour éveiller ma communauté sur leur rôle essentiel. 

J’ai ensuite décidé de mettre en lumière mes petits gestes du quotidien pour une consommation « zéro déchet ». Nous avons un super pouvoir de consommateur, celui de décider ce que nous voulons consommer et d’agir pour que nos entreprises changent leur façon de produire. 

Dans ce combat, nous sommes tous concernés. Pour mobiliser, je multiplie les prises de parole auprès des adultes lors de conférences dans les entreprises afin qu’ils prennent conscience que l’on peut tous agir sans forcément travailler dans le secteur de l’environnement et du climat.

Mais ce que j’apprécie surtout c’est de sensibiliser les plus jeunes. C’est eux l’avenir, c’est eux qui devront s’adapter dans le monde dans lequel nous vivrons. Afin d’y parvenir, j’utilise la pratique sportive dans les établissements scolaires pour les mettre en éveil sur les gestes qu’ils peuvent faire. Par exemple : bannir les bouteilles en plastique et privilégier la gourde à chaque entraînement, éviter les aliments industriels emballés dans du plastique et préférer un goûter fait maison, venir à l’entraînement à pied ou en vélo…  Je veux leur donner envie d’agir, de se responsabiliser et de faire passer le message autour d’eux. C’est d’ailleurs pour toucher davantage les jeunes que je me suis mise sur le réseau social Tik Tok. C’est très motivant de communiquer sur ce réseau pour que demain ils soient motivés à leur tour pour faire du sport et pour défendre la planète. 

 

 

On voit sur tes réseaux sociaux que tu te déplaces beaucoup sur des événements, des conférences, comme ici au Change Now Summit, qu’est-ce que ça t’apporte ?

Cela m’intéresse énormément de découvrir les initiatives éco-responsables. Les bonnes pratiques ça se partagent, je le répète ce combat est collectif ! Seule, je suis un grain de sable mais à plusieurs on peut faire bien plus que l’on ne le croit. Le monde post-covid est en train de se réveiller et les innovations éco-responsables sont de plus en plus nombreuses. Ce type d’évènement est très inspirant et vertueux car il connecte différents secteurs d’activité. Il me permet de trouver des solutions pour les projets environnementaux que je porte dans mon club. Les personnes que j’ai pu rencontrer sur ce salon sont autant engagées que moi, cela booste énormément et je me sens moins seule dans ce défi pour la planète.

Dans le cadre de ta mission RSE au Stade Français, quelles sont vos actions ?

A mon arrivée au club, nous avons décidé de se lancer dans une certification AFNOR. Etablie sur 3 ans, elle nous permet de mieux structurer notre démarche RSE et de se baser sur un plan d’action stratégique. Quantifier et mesurer notre impact est le point de départ car pour savoir où l’on va, on a besoin de savoir d’où l’on vient. Cela pousse l’ensemble des parties prenantes du club à agir en ayant en tête la vision décidée par la direction. 

Sur le volet environnement, la politique RSE repose sur le Bilan Carbone. A travers l’analyse de toutes nos activités, on veut identifier celles qui sont les plus émettrices de CO2 pour savoir où nous devons agir en priorité. Le stade Jean Bouin était déjà innovant avec son toit de panneaux photovoltaïques, la récupération des eaux de pluie et son système d’économie d’énergie. Il est prévu que nous passions notre éclairage en LED, cela nous permettrait de diminuer de moitié notre consommation d’énergie. 

La gestion des déchets a été l’un des chevaux de bataille de ces 2 dernières saisons car aujourd’hui on sait que les événements sportifs en génèrent beaucoup. Notre but est de sensibiliser les joueurs à prendre leurs gourdes pour les entrainements. Nous sommes passés de 75 000 bouteilles en plastique utilisées par an, à 15 fontaines à eau. Nous sensibilisons à la fois les joueurs professionnels et les jeunes joueurs‧ses avec des ateliers pédagogiques et ludiques comme la Fresque du Climat via notre partenariat avec la Fondation Good Planet. On travaille en ce moment sur un meilleur tri des déchets au club, notamment les déchets organiques. En effet, au 31 Décembre 2023, la loi AGEC nous obligera à les trier. Nous ne voulons pas attendre que la loi sévisse pour agir. Une campagne de sensibilisation a été lancé avec les joueurs. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que l’on puisse retrouver un stade propre après un match. C’est un défi très challengeant !

Nous nous engageons également sur un plan de mobilité douce. Nous encourageons le covoiturage via un partenariat avec une plateforme en ligne. 40% de nos supporters se déplacent au stade via le réseau de transport en commun mais nous voulons les inciter davantage à se déplacer en vélo. Pour cela, un parking gratuit et sécurisé pouvant accueillir 150 vélos a été mis en place sur le parvis du Stade Jean Bouin.

Notre axe d’amélioration pour la saison prochaine sera l’alimentation pour les sportifs comme supporters. On doit pouvoir proposer des offres plus végétales, plus locales, plus de saison et avec moins d’emballage. On espère que nos actions inciteront les autres clubs et toutes les institutions sportives à s’engager davantage pour la planète.

Selon toi, quel rôle les athlètes peuvent-ils jouer face à la transformation écologique ?

En tant que sportifs, nous sommes écoutés et admirés, ce qui nous permet de véhiculer les valeurs du sport. Nous sommes reconnus comme experts dans nos disciplines et notre objectif est de décrocher des médailles et des titres. Communiquer sur nos engagements n’est pas forcément quelque chose d’évident, je l’ai expérimenté lors de la publication de ma première vidéo. Je ne me sentais pas légitime de prendre la parole sur ces sujets et j’avais peur de ce que l’on pouvait penser de moi. Au final la vidéo a été très bien acceptée par ma communauté et m’a permis de me sentir libre d’exprimer mes idées. L’objectif est donc qu’il y ait de plus en plus de sportifs qui se sentent à l’aise pour prendre la parole.

Aujourd’hui, les sportifs engagés ne se veulent pas moralisateurs, nous voulons juste essayer tous ensemble de mettre notre petite pierre à l’édifice pour atteindre un objectif commun. Tous les sportifs ne sont pas engagés de la même manière. Malgré mon engagement et la volonté de bien faire, je pollue mais je change mes habitudes. Je m’étais amusée à mesurer mon impact carbone l’année dernière. J’étais à 6 tonnes de CO2 par an. L’objectif des 2 T/personne pour une neutralité carbone est difficile, mais quand on est sportif, on adore les défis. Chaque initiative, même individuelle, permettra collectivement de changer le monde de demain. Et le sport peut être un formidable levier. Je veux faire partie de cette génération qui agit et qui se donne les moyens de rendre le monde différent.

 

"J’ai eu la chance de recevoir une éducation qui m’a fait prendre conscience très jeune des enjeux environnementaux."

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